jeudi 29 mai 2008

DU HAUT DES PHARES

Retour en Finistère et, juste après les refuges alpins, c'est un apparentement assez réussi. Les phares sont aux côtes sauvages ce que les refuges sont à la montagne. Des havres dans un environnement hostile. Encore que, si les refuges accueillent les alpinistes, les phares, eux, dirigent les marins.

Il y a une poignée d'années, existait un petit guide des phares et balises en Finistère. On ne le trouve plus désormais. C'est dommage. Mais aujourd'hui, on a l'internet. Il faut savoir toutefois qu'en Finistère, il n'y en a plus que 5 qui sont ouverts à la visite. J'en ai vu 3 et escaladé ainsi environ 700 marches dans la même journée !

Au tout début, le phare de la Pointe Saint Mathieu, un modèle du genre avec ses 58 mètres de hauteur et ses 163 marches qui grimpent à l'étroit. Mieux vaut bien prendre sa respiration avant d'attaquer la montée. Mais la récompense, qui vaut pour les 3 et tous les autres, c'est la vue imprenable. A Saint Mathieu, la mer d'Iroise de la pointe du Raz au rail d'Ouessant, l'autoroute des tankers. Au pied du phare, il y a les ruines de l'abbaye bénédictine du XIIème siècle et le départ des Chemins de Saint Jacques de Compostelle.

Saint Mathieu, c'est le paradis. Un phare installé à terre donc facilement accessible pour ses gardiens. Les phares qui sont installés sur un rocher en pleine mer sont appelés l'enfer. On a vu des gardiens coincés là-bas ou plutôt là-haut, plus de 40 jours. Ils buvaient l'eau de pluie recueillies dans des bâches et se nourrissaient de poisson cru. L'enfer n'est pas fait que de flammes !

Désormais, toutefois, tous les phares sont automatisés. En route donc, après 1,5km de navigation pour le purgatoire, galère intermédiaire pour les gardiens. Le phare de l'île Vierge à Plougerneau est le plus haut d'Europe avec ses 82,50m, ses 365 marches, autant que de jours dans l'année et ses 12 ouvertures comme le nombre de mois. Le guide qui nous emmène tout en haut est admiratif, je dirais même fervent.

De Saint Mathieu, il dit en riant "c'est un pin's". Bizarrement, les marches qui représentent presque le double en effort sont plutôt moins pénibles à escalader parce que la volée d'escalier est plus large et il faut prendre le temps d'admirer les 12.500 plaques d'opaline bleu ciel qui protège les parois de la poussière et de l'humidité. Notre guide à nouveau "la femme de ménage est passée en 1902 (date de la fin de la construction du chef d'oeuvre) et n'est pas revenue depuis."

Le phare fait bien sûr partie de la ceinture lumineuse et sa lampe qui porte à 50 kms avec un éclat blanc toutes les 5 secondes n'est que de 650 watts. C'est la lentille à échelon de Fresnel qui lui donne toute sa portée, comme s'il y avait 3 millions de bougies allumées !

Les oiseaux ont investi l'île Vierge, ils viennent y pondre leurs oeufs et il n'est pas rare qu'ils les lâchent sur les visiteurs. C'est très impressionnant et... comment dire, un peu hitchkockien !

Pour boucler la boucle, j'aurai attaqué les 198 marches du phare de l'île de Batz qui offre une vue évidemment imprenable sur toute la baie de Morlaix et, plus près, sur les champs de pommes de terre de pré salé si savoureuses au printemps.

Comme on dort dans les refuges, on se verrait bien dans un phare ou du moins à la base de celui-ci, dans une maison de gardien pour vivre en prise directe avec la mer. C'est en Morbihan à Riantec que Daniel Jégot a aménagé des chambres d'hôtes dans le phare de Kerbel. Mieux que le détour, voilà qui vaut le voyage !

Aucun commentaire: