lundi 1 février 2010

"MAC BO" *



Qu'importe que ce soit "fast", pourvu que ce soit bon ! En fait, ce qui compte, en matière de cuisine, c'est la qualité, quelque soit le temps dont on dispose pour avaler son repas ou si l'on peut se permettre de se poser un moment pour savourer.
Si c'est un sandwich consommé à la hâte, alors, autant qu'il soit bon et même très bon. Sinon, c'est encore plus pathétique et s'il s'agit de prendre son temps à table en famille ou entre amis, il est tout aussi nécessaire que ça en vaille la peine.
Je me souviens dans les années 80, qu'il valait mieux ne pas s'arrêter sur la route pour déjeuner le dimanche si l'on avait encore des kilomètres à parcourir. On se faisait regarder de travers à tous les coups si l'on annonçait la couleur en disant qu'on était pressé. Tête de 100 pieds de long de la patronne qui voulait dire "quand on est pressé, on ne va pas au restaurant" Il arrivait même qu'elle ne l'envoie pas dire. Corollaire : si on va au restaurant, c'est pour prendre son temps et laisser le chef préparer "au moment" et exprimer ainsi son talent.

Le problème, c'est qu'il arrivait (trop souvent) que le chef n'en ait pas, du talent. Mais là c'était le même tunnel. A défaut d'autre chose, la brigade aux moyens limités, cultivait sa prétention et tant pis si les convives, prêts à passer une heure et demie à table avant d'aller rendre visite à quelqu'un à l'hôpital ou toute autre obligation, n'avait pas le temps de se plier aux exigences maison. Je ne dis pas que tout le monde se comportait ainsi, mais c'était tout sauf rare et je ne vous parle pas de qui se serait contenté d'un plat. Un dimanche ! Pensez donc ! Et pas d'apéritif ! Dans quel monde vit-on, je vous le demande.

A cause de cela, il m'est arrivé de m'arrêter au Mac Do. Pour faire vite et de trouver ça consommable. J'aurais même pu penser que les salades imaginées pour tous ceux que le hamburger éponge à la viande trop cuite ne passionnaient pas, allaient arranger un peu les choses. En fait non, la sauce est archi sucrée, la salade verte pas triée et dure. C'est pas vraiment ça non plus. Rien d'étonnant à ce que Paul Bocuse se soit mis sur le créneau de la fast, mais good cuisine. Pour le chef des chefs, le monstre sacré des bords de Saône, il n'y a que 2 sortes de cuisine : La bonne et la mauvaise ! Et ce n'est pas d'hier qu'il l'affirme.

Après les brasseries, installées aux 4 coins de Lyon et qui ne désemplissent pas. Beaucoup imitées et jamais égalées, comme on dit, la maison Bocuse à profité de la construction du Multiplex Pathé à Lyon Vaise en 2008 pour installer l'Ouest Express, un fast-food de qualité. A côté d'un cinéma, c'est l'idéal et comme c'est ouvert tous les jours, c'est encore mieux. Dans la foulée, un autre s'est monté fin 2009 dans la galerie d'accès du Centre Commercial de la Part Dieu, tout près de la gare SNCF. Avec quelques autres restaurants du même genre, sur l'esplanade, au soleil, à la place de ce qui était autrefois un couloir d'accès pisseux qu'on était pas tranquille de traverser le soir, alors même qu'il se situait juste à côté de l'Auditorium de Lyon.

Le grand Paul n'est nullement déshonoré de faire dans la cuisine rapide. Ce sont même deux MOF Jean Fleury, le patron et Christophe Muller,le chef de l'Auberge de Collonges qui s'y sont impliqués et le résultat est bluffant. Ce n'est pas la peine de se poser la question de savoir si le plus ancien triple étoilé Michelin est à l'origine du projet. A 84 ans (ces jours-ci...), il ne fait plus ni la cuisine, ni la vaisselle. Pas davantage que quand on lui reprochait de ne pas être tout le temps en cuisine dans son restaurant des bords de Saône. Infatigable globe-trotter et réputé pour être un des Français les plus connus à l'étranger, il répondait quand on lui demandait qui faisait la cuisine quand il n'était pas là "les mêmes que quand je suis là".

Dans les fast-food maison, ce sont de jeunes cuisiniers et même 3 cuisinières qui sont aux fourneaux et derrière les comptoirs, avec leur caisse comme chez Mac Do, on retrouve tout ce qui fait l'ADN maison : les produits irréprochables et la fidélité aux fournisseurs de toujours.

Evidemment, il y a les menus, autour de 10EUR, avec le petit pain au sésame comme chez l'autre, mais la viande, 100% boeuf frais du Limousin, est cuite à point, épaisse, délicatement rosée et de grande qualité.

On a le choix entre d'excellentes frites, réellement croustillantes et moelleuses, un petit pot de légumes, une salade ou un dessert : une exquise tarte aux framboises, un tiramisù, une vraie salade de fruits...

Il y a aussi le plat du jour mijoté, un boeuf bourguignon, des pâtes à l'italienne, de vraies salades composées avec une sauce au vinaigre balsamique et à l'huile d'olive présentée dans un amour de petite bouteille carrée comme dans une cuisine de poupée. Le petit pain qui accompagne le repas est fabriqué par Pozzoli, un des meilleurs boulangers de Lyon.

Bien sûr, il faudra trouver d'autres fournisseurs, là où l'Ouest Express trouvera des développements. A Lyon, bien entendu, mais aussi sûrement ailleurs. Mais les bons artisans, capables de respecter un cahier des charges ne manquent pas. Reste que l'on préférerait que nos ados fréquentent ce genre de fast-food plutôt que les autres, mais il y a un bémol. Même si les prix en soi ne sont pas excessifs, on arrive vite, tentation aidant, à une addition plus élevée que dans les autres. Comment ne pas essayer le hamburger Rossini et sa belle tranche de foie gras, proposé dans le menu César pour seulement un euro de plus ? Comment ne pas succomber au café gourmand avec son macaron moelleux et croustillant pour 2,50EUR ou encore à la fameuse gaufre "Grand-Mère Bocuse". Il n'y a pas de mal à se faire du bien.

Mais la soirée au cinéma, déjà bien plombée par le supplément 3D et le prix du parking, même si bonifié par le Multiplex lui-même, se retrouve à atteindre des sommets (plus de 60EUR pour 2 l'autre soir...). On n'y peut rien et la qualité se paie, il n'y a rien à redire à ça, mais les loisirs deviennent de plus en plus coûteux. Et ce n'est pas facile à avaler à près de 25 ans, surtout avec un "salaire" de stagiaire !

* "MAC BOCUSE"

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