vendredi 17 juillet 2015

ROSCOFF, AUX BONS SOINS DU DOCTEUR BAGOT

Près du rocher, la thalasso de l'Institut Marin Roc'h-Kroum de Roscoff (29).
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Celle que l’on appelle la cité corsaire vaut plus que jamais le détour pour ses demeures d’armateurs des XVIe et XVIIe siècles qui jalonnent la vieille ville et ses façades de granit rose. Mais la petite ville du Finistère, dont la population n’est pas plus nombreuse l’hiver que celle d’un paquebot de croisière, regorge d’innombrables richesses à savourer sans modération...

À commencer par sa thalasso. Là où tout a commencé en matière de soins qui utilisent les ressources de l’eau de mer. Le bon docteur Bagot, qui cultivait de gros doutes en ce qui concernait les bienfaits exclusifs de la chimie pour soigner, avait exploré les bords de mer pour utiliser l’eau originelle, celle des océans et tous les oligo- éléments qu’elle contient.

Juste avant que ne commence le XXème siècle, il a jeté son dévolu sur Roscoff et aujourd’hui encore, la thalasso qu’il y a fondée reste l’une des plus illustres et des plus efficaces du genre.

Les plus vastes champs d’algues d’Europe

Imaginez un peu, la cité corsaire et tous ses marins qui sont allés inlassablement explorer les horizons lointains et faire du commerce, l’île de Batz au large immédiat inondée de douceur et de soleil, quasi baignée par les eaux du Gulf Stream et les algues bienfaitrices les plus variées à portée de récolte.
Avec de telles ressources, le docteur Bagot va soigner les rhumatismes et dispenser du bien-être. Il va utiliser aussi le mouvement des vagues et conseiller ainsi à ses patients de pratiquer une gym douce dans l’eau en marchant tout simplement dans et contre les vagues. On appellera ça, et on l’appelle encore, le bagotage. Que des bienfaits sans le moindre effort !

Fête de l’Oignon de Roscoff 23 et 24 août 2014.
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Aujourd’hui, la thalasso de Roscoff met au point de nouvelles techniques, même s’il ne reste pas grand-chose à inventer. Dans la boutique, on trouve quantité des produits de soins  à base d’eau de mer. Et même de l’eau de mer compressée. Une exclusivité.

En dehors de la thalasso proprement dite, les centres de santé sont nombreux et le CNRS a installé un centre de recherche en biologie marine. On explore aussi le Centre de Découverte des Algues avec le Comptoir des Algues et une conserverie artisanale d’algues. Algues alimentaires, compléments nutritionnels, produits cosmétiques y sont proposés. Au large de Roscoff, les goémoniers sont rois.

Des oignons et des artichauts

 Comme dans l’île de Batz, les plantes tropicales se plaisent à Roscoff et parmi les attirantes curiosités des lieux, il y a le jardin exotique et botanique et ses quelques 3000 espèces de plantes subtropicales qui ont investi un rocher de 18m de haut qui surplombe la baie de Morlaix.
Toute cette région du Finistère nord est un paradis pour les légumes. Surtout les artichauts de Saint-Pol-de-Léon où l’on produit 70% des artichauts français (ceux qui ont des chapeaux ronds…) et les fameux oignons roses de Roscoff AOP.

Chez Janie sur le port, on déguste les artichauts Prince de Bretagne farcis de préparations variées. À la barigoule, mais aussi avec des pommes de terre, salade, tomates, œufs et lardons et une assiette de frites pour faire bonne mesure. L’air de la mer, ça creuse !


Les oignons roses ont fait la réputation de Roscoff depuis le XIXe siècle. Ils sont à l’origine de la légende des Johnnies, ces marchands d’oignons qui partaient chaque année en août vendre leur production de l’autre côté de la Manche. À découvrir dans une maison roscovite qui raconte leur histoire.

Juste un peu plus loin, on prendra un verre chez Chloé, une jeune (toute jeune) passionnée de vins qui tient La Route des Vins, un bar à vins très sympa où elle sert aussi d’excellentes bières et cidres locaux.

En admirant le coucher de soleil sur la mer et avant de faire un tour jusqu’au port de plaisance pour voir rentrer les bateaux. Apercevoir la Recouvrance et son jeune équipage qui a jeté l’ancre et attend ses passagers qui vont partir pour un tour en mer plus ou moins long et plus ou moins lointain. Et juste un peu plus loin, la mise à l’eau, par l’ascenseur, d’un bateau au bord duquel est installé le petit-fils du docteur Bagot. Même avec de nombreux touristes qui y séjournent, Roscoff reste quasi un village.

vendredi 26 juin 2015

BATZ, UN POTAGER SUR LA MER

L'arrivée au débarcadère de l’île de Batz.
L'arrivée au débarcadère de l’île de Batz.
Il fait incroyablement doux et, dans le jardin Georges Delaselle,  les palmiers et les bananiers sont comme chez eux. Sur l’île de Batz au large de Roscoff, en Finistère, on est pourtant sur la même latitude que Saint Pierre et Miquelon et plus haut que l’estuaire du Saint Laurent. La faute à qui donc ? La faute au Gulf Stream les amis !

Dès le mois de juin, il n’est pas rare que l’île de Batz soit écrasée de soleil et, pour Géraldine Le Roux qui cultive ses échalotes, oignons, carottes mais aussi choux fleurs, choux raves et rutabagas, le travail aux champs est rude et éprouvant, sans l’ombre d’un arbre pour se protéger des rayons brûlants. Mais elle ne se plaint pas.

Une exceptionnelle pomme de terre

Dans la terre légère de cette île de rêve de 3,5 km de long que l’on atteint en ¼ d’heure depuis Roscoff, les légumes bio de Géraldine, poussent très bien. Mais sa spécialité, c’est la pomme de terre. Moins illustre que celle de Noirmoutier et autres qui bénéficient déjà d’un label, elle fait le régal des connaisseurs et on peut la repérer sur les marchés notamment à la protection de papier qui représente l’île de Batz (prononcer « Ba ») et son phare.

On la déguste au four avec toutes sortes d’accompagnements à La Cassonade, charmante crêperie sur le port qu’il est impossible de manquer quand on arrive au débarcadère. C’est une des spécialités maison et si appréciée qu’il vaut mieux les commander. Il n’est pas rare qu’au début du service, ils soient déjà dévalisés.

Chantal, îlienne authentique

Se fier à une îlienne pour découvrir les charmes de ce morceau de granit recouvert, grâce aux vents marins, de sables coquilliers qui se sont déposés sur des limons argileux, est un des meilleurs plans.

Géraldine, aux échalotes sur l'île de Batz (29).
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Chantal, qui a quitté le littoral pour suivre un mari patron pêcheur, connaît Batz sur le bout des doigts et tous les meilleurs endroits d’un lieu qui en compte forcément peu. Même si de nombreux îliens, dont elle-même, proposent des locations d’été.

Sur l’île, on se balade à pied et à vélo. À la découverte du phare qui permet de porter le regard jusqu’à l’île Vierge, la baie de Morlaix et les Sept-Iles, du Trou du Serpent, la roche de laquelle Saint-Pol-Aurélien, aurait, selon la légende, précipité un dragon. On s’arrête devant les ruines de Sainte-Anne, chapelle romane du 11ème siècle, totalement ensablée puis dégagée. Elle accueille la célébration du Pardon de Sainte Anne chaque année le dernier week-end de juillet. On se repose enfin sur une des petites plages, que l’on appelle ici des grèves, sur un sable blanc et incroyablement doux, bercé par les cris des oiseaux de mer.

Mais si, à l’origine, l’île était couverte d’une végétation rase et sans arbre, c’est avec les plantes exogènes rapportée par les marins qu’elle s’est enrichie de plantes méditerranéennes et tropicales.

L’oasis bretonne de Georges Delaselle

Au tout début du 20ème siècle Georges Delaselle découvre le climat méditerranéen de l’île. Il va y créer un « jardin colonial » qui va le passionner toute sa vie et même lui faire quitter une prospère situation d’assureur à Paris. Pendant 40 ans, il installe un cordon de dunes artificielles, travaille ses plantations en terrasse et met ainsi à jour une nécropole datant de l’Age de Bronze dont 10 tombes sont encore visibles aujourd’hui.

Gulf-Stream plantations de l'île de Batz (29).
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La Palmeraie est constituée d’arbres anciens qui résistent bien au vent et l’association des Amis du Jardin Georges Delaselle, gestionnaire du jardin continue à entretenir la flamme des plantes subtropicales, cactées, bulbes des terres australes, jardin d’herbes dont le fameux chemin des persils sauvages et lande fleurie.

Les jardiniers mettent à la disposition des visiteurs et surtout des îliens, qui disposent à la fois du terroir et du climat parfait pour qu’elles prospèrent, des boutures qui permettent au jardin de migrer un peu partout dans l’île.

À l’abri de cette végétation qui n’a rien d’océanique et au cœur de ce jardin exceptionnel, les îliens vivent comme si le continent n’était pas à ¼ d’heure à peine des rivages de l’île.

Alors que le soleil s’apprête à disparaître à l’horizon, les touristes qui n’auront pas pu rester pour plusieurs jours, reprennent la vedette pour Roscoff, pendant que les fils de Chantal, patrons pêcheurs eux aussi, rejoignent le port de l’île avec leur bateau après une journée en mer.